Notre-Dame de Paris, Meschac Gaba, 2006. Collection du Musée national de l’histoire de l’immigration © Palais de la Porte Dorée

Ce qui s’oublie et ce qui reste: une histoire de mémoire et de transmission

Ce qui s'oublie et ce qui reste, 2021 - C. Anne Volery 2
Vue de l’exposition Ce qui s’oublie et ce qui reste, 2021 – C. Anne Volery 2

« Le surplus je l’avais distribué aux rides des chemins à l’acharnement des ravins les forces ne s’épuisent pas si vite quand on n’en est que le dépositaire fragile, qui combien aux prix de quels hasards les avaient amassées ? un signe un rien une lueur au bas du ciel une flamme née du sol un tremblement de l’air le signe que rien n’est mort je hurlais: vous n’avez pas le droit de laisser couper le chemin de la transmission je hurlais : la bouffonnerie des neurones suffit à mettre hors de cause l’état de la caldeira je hurlais au violent éclatement cependant le temps me serpait dur jusqu’à la racine intacte. »

Aimé Césaire1Aimé Césaire, « Transmission », Moi, laminaire…, Paris, Seuil, 1982.

Le Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI) présente jusqu’au 11 juillet 2021 au Palais de la porte Dorée, l’exposition intitulée Ce qui s’oublie et ce qui reste. Conçue en partenariat avec le MACAAL, Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden de Marrakech, cette exposition s’inscrit dans la Saison Africa2020.

Ce qui s’oublie et ce qui reste explore la notion de mémoire à travers les systèmes de relations interpersonnelles et générationnelles, en lien avec le continent africain. L’exposition rassemblera le travail de dix-sept artistes de ce continent et de ses diasporas qui interrogent l’idée de transmission à travers ses différents aspects, moyens et signes de ruptures. Par des mediums variés (vidéo, peinture, sculpture, photographie, installation…), les formes de transmission seront ainsi analysées à l’aune de la mémoire, mais aussi des savoirs et des savoir-faire, des traditions, des rites ou encore des objets.

Des récits intimes à une perspective historique plus large, Ce qui s’oublie et ce qui reste évoque les vecteurs de diffusion linguistiques, politiques, spirituels et sociaux en en repré- sentant les différentes expressions formelles.

À l’heure du règne de la communication, de l’information en continue, des réseaux sociaux mais aussi de l’individualisme, qu’en est-il de la transmission ? Qu’en est-il de ce geste destiné à confier à une autre génération une histoire et surtout une mémoire, collecte de souvenirs personnels, de tranches de vie construites ici et ailleurs ?

Ce qui s'oublie et ce qui reste, 2021 - C. Anne Volery 1
Ce qui s’oublie et ce qui reste, 2021 – C. Anne Volery 1

Cette notion sera abordée sous le prisme de la création contemporaine, à partir de propositions artistiques qui déplacent le curseur, interrogent et interpellent. Comment les artistes explorent-ils les questions de l’héritage et des influences ? Quels sont les mécanismes de la diffusion dans le temps – entre passé, présent et futur – et dans l’espace. Quelle est la fonction de l’artiste dans cette passation ? Quelles en sont enfin les limites, les fragilités et les ruptures ?

Autant de questions qui rythment le parcours autour de trois idées fortes, « transmissions de mémoire », « omissions et ruptures », « hybridations », tout en laissant aux œuvres la possibilité de se déployer dans leur polysémie et dans la pluralité de leurs engagements.

Quel rôle joue l’artiste pour questionner la diffusion d’une histoire intime ou collective aux générations suivantes ? « Transmissions de mémoire » s’attache à déceler dans cette passation de savoirs et sa-voir-faire, de traditions et rituels, le processus de mémoire qui s’opère et qui s’avère parfois nécessaire à la construction d’une identité. L’empreinte de l’histoire dans le domaine de l’intime peut également se révéler à travers des objets confiés de façon intergénérationnelle. Par sa circulation et sa réutilisation, l’objet du quotidien, qu’il soit issu d’une tradition séculaire ou emprunté à la culture coloniale, acquiert une valeur symbolique, métonymique. Il devient signe et véhicule de transmission.

Pourtant au creux de ces héritages pluriels, percent des points de fracture et des oublis, qu’ils soient conscients ou inconscients. Dans « omissions et ruptures », certains artistes révèlent les possibles pertes de repères que peuvent engendrer migrations et diasporas.

Ce qui s'oublie et ce qui reste, 2021 - C. Anne Volery 16
Ce qui s’oublie et ce qui reste, 2021 – C. Anne Volery 16

D’autres, par ailleurs, dénoncent l’instrumentalisation de la mémoire par l’occultation de pans de l’Histoire. Enfin, les confrontations d’expériences et de modes de vies entre différentes cultures, traditions et générations sont au cœur de la notion de métissage. Elles permettent aux artistes de sonder l’idée de frontières et de migrations, de voyages et de circulations, de différences et d’influences. Une hybridation qui donne naissance à de nouvelles écritures plastiques, reflets également des identités artistiques des auteurs.

À rebours des représentations colorées d’une supposée production artistique africaine, l’exposition Ce qui s’oublie et ce qui reste oscillant entre espaces de continuité et points de rupture, souhaite tordre les clichés d’une prétendue identité visuelle. Loin de construire un bloc uniforme, les œuvres des artistes du continent africain et de ses diasporas se révèlent dans toutes leurs multiplicités, facettes et complexités. Au-delà des frontières, elles sont en prise avec le monde actuel.

L’exposition sera accompagnée par une programmation scientifique et culturelle de rencontres, d’événements et d’actions sur le long terme (résidence littérature, cinéma, ateliers pédagogiques, numéro de la revue Hommes et Migrations).

Les artistes

Ce qui s'oublie et ce qui reste, 2021 - C. Anne Volery 3
Vue de l’exposition Ce qui s’oublie et ce qui reste, 2021 – C. Anne Volery 3
  • Amina Agueznay (Maroc)
  • Ishola Akpo (Bénin)
  • Joel Andrianomearisoa (Madagascar)
  • Sammy Baloji (République Démocratique du Congo)
  • Hicham Benohoud (Maroc)
  • M’Barek Bouhchichi (Maroc)
  • Frédéric Bruly-Bouabré (Côté d’Ivoire)
  • Emo de Medeiros (Bénin)
  • Badr El Hammami (Maroc)
  • Abdessamad El Montassir (Maroc)
  • Ymane Fakhir (Maroc)
  • Meschac Gaba (Bénin)
  • Hamedine Kane (Mauritanie/ Sénégal)
  • Anuar Khalifi (Maroc)
  • Malik Nejmi (France/ Maroc)
  • Zineb Sedira (France/ RU/ Algérie)
  • Lerato Shadi (Afrique du Sud)
  • Btihal Remli (Maroc/ Allemagne)

Le commissariat général est confié à Meriem Berrada, directrice artistique du MACAAL et directrice des projets culturels de la Fondation Alliances et à Isabelle Renard, cheffe du service des collections et des expositions, commissaire associée pour le MNHI.

Ce qui s’oublie et ce qui reste
Du 9 mars au 11 juillet 2021
Musée national de l’histoire de l’immigration (MNHI)
En partenariat avec le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden de Marrakech (MACAAL)
293, avenue Daumesnil – 75012 Paris
Du mardi au vendredi, de 10h00 à 17h30
Le samedi et le dimanche, de 10h00 à 19h00


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