Vivre! Photographies de la résilience du 29 mars au 28 avril 2019 sur l’île de Gorée

L’exposition Vivre ! Photographies de la résilience se situe dans la continuité des actions que la Fondation Dapper mène depuis de nombreuses années pour la promotion des arts de l’Afrique et de ses diasporas, tout en initiant une démarche nouvelle.

En effet, depuis 2012, cette institution privée à but non lucratif et reconnue d’utilité publique a organisé sur l’île de Gorée (Sénégal) plusieurs expositions qui ont rencontré un vif enthousiasme. Le public a pu y découvrir ou redécouvrir les œuvres d’artistes de renom parmi lesquels Soly Cissé, Joana Choumali ou encore Bili Bidjocka. Depuis, la Fondation Dapper est sollicitée par de jeunes artistes n’ayant parfois jamais exposé.

Forte de cette demande et avide de nouvelles découvertes à partager avec son public, la Fondation Dapper a ainsi lancé un appel à projets ouvert à tous – photographes confirmés et jeunes talents. Plus de 300 dossiers sur le thème «Contre vents et marées» proposé cette année par Gorée – Regards sur Cours, manifestation dans le cadre de laquelle Vivre! est présentée, ont été étudiés par les commissaires d’exposition. Le travail de 15 photographes vivant en Afrique, en Europe, dans la Caraïbe ou l’océan Indien – Christian Barbé, Karim Barka, Philippe Gaubert, Moussa Kalapo, Fototala King Massassy, Ziad Naitaddi, Zacharie Ngnogue et Chantal Edie, Jarmo Pikkujämsä, Julie Robineau, Rolook, Saan, Zara Samiry, Hamed Traoré et Pierre Vanneste –, a été sélectionné selon des critères esthétiques, bien sûr, mais également pour la puissance des messages portés par les clichés proposés.

L’exposition Vivre! présente 34 photographies de la résilience ou l’«art de naviguer entre les torrents». L’incroyable capacité des êtres humains à faire face à une situation difficile est ainsi abordée en quatre sous-thématiques en lien avec l’Afrique et ses diasporas : l’approche sociale, l’environnement, le questionnement et l’exil. À travers le prisme de leur objectif, les artistes sélectionnés interrogent le monde contemporain et ses évolutions. Ils nous proposent, chacun à leur manière tout en entrant en résonance les uns avec les autres, une lecture de la société actuelle qui transcende les frontières. En choisissant la photographie, la Fondation privilégie ici un médium qui permet à l’artiste de raconter le monde d’aujourd’hui à travers une approche souvent engagée.

Une approche sociale

Les différences économiques et sociales s’affirment de plus en plus dans les grandes villes. Chaque groupe possède ses codes et ses contraintes qui façonnent les individus et déterminent leurs façons de penser et d’agir.

Le monde informel

FOTOTALA KING MASSASSY avec la Série «Anarchie Productive», 2017

Fototala King Massassy
Obsolescence Définitivement Programmée
Série « Anarchie productive », 2017 © Fototala King Massassy. Une approche sociale.
Le monde de l’informel

Avec sa composition photographique « Anarchie Productive » engagée mais non dénuée d’humour, Fototala King Massassy met en exergue l’incroyable capacité d’innovation et la créativité des Africains. Ses clichés colorés présentent d’impressionnantes accumulations — à première vue désorganisées — de lunettes, de cageots ou encore de télévisions pour mettre en lumière les concepts de débrouille et d’in- formel organisé si caractéristiques du continent africain. Le message du photographe est clair : l’Afrique doit utiliser ses atouts, qui sont et seront les éléments de sa réussite, pour s’émanciper des grandes puissances mondiales.

Né en 1971 en Côte d’Ivoire, Fototala King Massassy est un artiste malien à la production foisonnante. Rappeur, comédien et photographe autodidacte, il est inclassable. D’abord amateur, Fototala King Massassy pratique la photographie dès 2007 et en fait une de ses principales activités professionnelles en 2015. Il expose rapidement au Mali, pour la Biennale de Bamako, puis en France. À travers les portraits de ses héros du quotidien, Fototala King Massassy parle de l’Afrique qu’il veut voir «se connaître et s’aimer» et entend bien «montrer combien l’Afrique est dynamique, inventive, fertile».

HAMED TRAORÉ avec la Série «Les invisibles d’Amzalazala», Libérés, 2018

Hamed Traoré
Libérés, 2018
© Hamed Traoré.
Une approche sociale. Le monde de l’informel.

À Amzalazala, le bidonville situé au cœur de Conakry, capitale de la Guinée, on vit au rythme des passages du train annoncés par le klaxon strident. L’art d’Hamed Traoré joue des contrastes de lumière et nous donne l’impression de regarder une séquence d’un film en noir et blanc. Même si le sol est jonché de déchets divers, aucune forme de misérabilisme ne transparaît dans cette photographie qui met en avant la dignité des habitants.

Mohamed Traoré dit « Hamed Traoré » est né au Burkina Faso. Il commence à travailler comme soudeur. À partir de 2006, il vit à Bamako (Mali). Lorsque la guerre éclate en 2013 dans le nord du pays, le jeune homme accompagne des reporters de grands médias internationaux. Son premier photoreportage, réalisé en 2015, a pour sujet les «fous» qui, en général, ne sont pas enfermés en Afrique. Trois ans plus tard, l’artiste porte son attention sur une petite ville du Nord-Congo, et la même année, il capte la vie d’un bidonville de Conakry (Guinée).

La femme sous le regards des autres

ZARA SAMIRY présente la série « My Taboo Child », 2015

Zara Samiry
Série « My Taboo Child », 2015 © Zara Samiry. Une approche sociale. La femme sous le regard des autres.

Zara Samiry photographie avec une empathie certaine ceux qu’on ne connaît pas, à qui on ne prête pas forcément attention, et qui consti- tuent pourtant le visage de la société marocaine.
À travers sa série «My Taboo Child», Zara Samiry raconte l’histoire de femmes liées par un événement commun : l’arrivée d’un enfant hors mariage. Cette naissance bouleverse leur vie à tous les niveaux et les place au ban de la société. Les photographies sélectionnées par la Fondation Dapper partagent avec pudeur des moments d’intimité profonde de ces familles monoparentales.

Zara Samiry est une photographe marocaine qui vit et travaille entre Paris et Casablanca. L’artiste commence sa carrière professionnelle dans la publicité, puis intègre l’École supérieure d’art et de design d’Orléans et obtient son diplôme en 2010. Depuis, elle a participé à plusieurs expositions en France et à l’étranger. Parallèlement à sa vocation principale, Zara Samiry est aussi auteure. Spécialisée dans le portrait documentaire, elle associe l’image et le récit pour raconter le quotidien et illustrer l’intime.

Pour une paix politique et sociale

ZACHARIE NGNOGUE & CHANTAL EDIE Le Guide, Série «Takembeng», 2018

Zacharie Ngnogue et Chantal Edie
Le Guide
Série « Takembeng », 2018
© Zacharie Ngnogue et Chantal Edie.
Une approche sociale. Pour une paix politique et sociale.

Depuis 2017, le Cameroun, pays ayant deux langues officielles, est sous haute tension. Le dialogue se révèle, en effet, extrêmement tendu entre la communauté francophone à laquelle appartient Zacharie Ngnogue et celle des anglophones dont est issue sa compagne, Chantal Edie. Cette photographie réalisée par le couple constitue une sorte de plaidoyer pour la liberté dont l’absence est symbolisée notamment par les yeux cachés par des morceaux d’adhésif et les têtes emprisonnées dans des sacs en plastique. Le procédé de cadrage relativement serré produit une impression de mouvement. Les hommes avancent ensemble côte à côte.

Zacharie Ngnogue est né en 1981 à Bandjoun, au Cameroun. Encore enfant, il part vivre à Douala, capitale du Cameroun, où il découvre la photographie. En 2006, il suit une formation d’infographiste, puis travaille pour des agences. L’artiste est lauréat du concours Wiki Loves Monuments, en 2013. La même année, il crée le studio XL où il travaille avec sa compagne Chantal Edie, rencontrée en 2015.
Chantal Edie est née en 1981 à Banguem, au Cameroun. Elle est titulaire d’un master 1 en sciences politiques, d’une licence en histoire et d’un diplôme de l’enseignement supérieur (HND) en sciences de la santé. Elle a développé ses compétences en photographie à Southampton, en Angleterre. Ensemble, Zacharie Ngnogue et Chantal Edie interrogent leurs expériences personnelles et communes pour poser leur regard sur la société. Ils ont participé à plusieurs expositions collectives.

Environnement 

Confrontés aux déplacements des populations rurales vers les métropoles, aux problèmes climatiques, à la gestion de leurs ressources naturelles, les États doivent faire face à d’épineux problèmes relatifs à l’environnement.

Les poubelles de la misère

CHRISTIAN BARBÉ avec la série «Les décharges d’Andralanitra», 2017

Christian Barbé
À la recherche de la perle rare,
Série « Les décharges d’Andralanitra », 2017 © Christian Barbé. Environnement / Les poubelles de la misère.

Le site d’Andralanitra, à la périphérie d’Antananarivo, capitale de Madagascar, contient des déchets qui s’accumulent sur environ 20 hectares. Le tri se fait à mains nues par quelque 3000 chiffonniers se rendant quotidiennement sur le site. Chaque cliché de la série «Les décharges d’Andralanitra», réalisée par Christian Barbé en 2017, nous fait partager l’obstination d’hommes, de femmes et d’enfants qui fouillent dans les détritus et récupèrent tout ce qu’ils peuvent monnayer pour survivre. Christian Barbé joue avec subtilité des effets d’ombre et de lumière pour intensifier la présence de ses sujets, êtres humains et animaux, sur ce bout de terre maudite de Madagascar.

Né à Deauville (France) en 1970, Barbé travaille et vit entre Madagascar et Paris. Après des études en philosophie, il apprend l’essentiel de la technique photographique dans un laboratoire professionnel de développement. Il poursuit son apprentissage au sein de studios où il découvre le métier de reporter et commence à lier photographie et reportage. En 2015, il est engagé par le quotidien malgache La Tribune de Diego pour lequel il va réaliser des séries photographiques notamment sur les asiles de Madagascar.

L’homme en résonance avec la nature

PHILIPPE GAUBERT, « Ambositra », 1999, et « Belo sur mer », 1995

Philippe Gaubert
Belo sur mer, 1995
© Philippe Gaubert. Environnement. L’homme en résonance avec la nature.

La photographie documentaire de Philippe Gaubert va bien au-delà du témoignage. En effet, dans les deux photographies sélectionnées rien ne renvoie aux images convenues de Madagascar, la Grande île, luxuriante et colorée. Bien au contraire, tout exotisme et tout folklore sont mis à distance, le noir et blanc confortant cette orientation. L’objectif de l’artiste est de faire en sorte que le regardeur ressente de l’émotion et de l’empathie face aux images proposées. Les corps en mouvement s’inscrivent dans l’immensité de la nature. Les liens de l’être humain avec les mondes visible et invisible sont profonds, indéfectibles.

Philippe Gaubert est né à Marseille (France). Engagé dans une pratique de la photographie documentaire d’auteur depuis vingt-cinq ans, l’artiste a réalisé des projets dans l’océan Indien, en Afrique, et en Europe où son travail a été présenté dans des expositions collectives ou individuelles. Après une formation à La Réunion au sein de l’association BKL (1990- 1993), il se perfectionne lors d’un stage à l’agence Magnum (1999), puis suit des cours à l’École supérieure d’art de La Réunion. Au début des années 2000, avec l’avènement du numérique, l’artiste intègre la couleur dans sa démarche. Philippe Gaubert aborde des sujets non seulement comme des témoins de sociétés en mutation, mais aussi comme des vecteurs d’esthétique.Depuis 2011, il écrit et réalise des films documentaires de création.

La mer, un jeu écologique et social 

PIERRE VANNESTE et la série «Dremmwel», 2015-2018

Pierre Vanneste
Série « Dremmwel », 2015–2018
© Pierre Vanneste. L’environnement. La mer un enjeu économique et social.

À travers les images de «Dremmwel» — «horizon» en breton —, le photo-journaliste Pierre Vanneste attire l’attention sur les conséquences dramatiques de l’exploitation des ressources de la mer. Ce web-documentaire a été réalisé entre 2015 et 2018 dans différents pays d’Europe et au Sénégal. L’un des deux clichés en noir et blanc de «Dremmwel» retenus par la Fondation Dapper nous fait pénétrer sur le site de transformation de « Pentium Sénégal », à Thiaroy-sur-Mer. Le travail sur la lumière accentue la présence de la chèvre qui déambule à proximité d’une énorme quantité de poissons mis à sécher sur le sol.

Pierre Vanneste est un photographe et réalisateur belge, diplômé en photographie de l’INRACI (L’Institut national de radioélectricité et cinématographie) de Bruxelles. Il est spécialisé dans le documentaire transmédia. Dès 2015, Pierre Vanneste entreprend un reportage sur l’exploitation des ressources halieutiques mondiales et son impact économique et social. En 2018, l’artiste avait cosigné le web-documentaire Bargny, ici commence l’émergence avec Laurence Grun sur les effets climatiques de cette commune située à trente kilomètres de Dakar.

JARMO PIKKUJÄMSÄ présentera «Guet Ndaru Mool», 2018-2019

Jarmo Pikkujämsä
Série « Guet Ndaru Mool », 2018-2019
© Jarmo Pikkujämsä. Environnement. La mer, un enjeu économique et social.

D’année en année, la quantité de poissons et de crustacés s’amenuise sur la côte ouest de l’Afrique. Jarmo Pikkujämsä a photographié et recueilli le témoignage des pêcheurs du quartier de Guet Ndar, à Saint-Louis (Sénégal), qui, faute de prises suffisantes, perdent leur travail et leur logement. À travers ses portraits restitués sur des peaux de poisson, le photographe alerte subtilement sur les conséquences concrètes du pillage des océans d’Afrique et des changements climatiques. Au-delà de protéger les ressources naturelles, il s’agit de préserver le bien-être des populations locales. Loin des reportages documentaires classiques, Jarmo Pikkujämsä suggère et nous émeut.

Artiste plasticien et chercheur finlandais, Jarmo Pikkujämsä coordonne des projets artistiques au sein de la résidence d’artistes WAAW à Saint-Louis (Sénégal), ainsi que dans des résidences mobiles en Mauritanie. Il est titulaire d’un DEA d’études littéraires françaises et comparées de l’université Paris-XIII (2003). Jarmo Pikkujämsä est à la recherche du mouvement, du rythme et de la quiétude dans son travail. Passionné par le procédé cyanotype et la photographie sous-marine, il a recours à des procédés alternatifs en travaillant notamment sur des surfaces organiques comme dans sa série « Guet Ndaru Mool ».

Questionnement

Pour l’Homme, rien ne va de soi. Qu’il s’agisse de son destin et de sa condition humaine, de sa place face aux éléments ou d’identité culturelle, tout est source d’interrogations.

Identités culturelles et globalisation

JULIE ROBINEAU et la série «MondialiSANCTION», 2018

Julie Robineau
Série « MondialiSANCTION »,2018
© Julie Robineau. Identité culturelle et mondialisation

« Comment certains peuples parviennent-ils encore à vivre leurs “traditions” alors que leur environnement impose de s’adapter aux modèles occidentaux ? ». Julie Robineau pointe du doigt les méfaits de la globalisation. Dans les photographies retenues, elle prend pour exemple les Peul, groupe important au Sénégal bien que minoritaire. À travers ses mises en scène photographiques dans divers lieux de Dakar, la jeune artiste défend une cause qui lui tient à cœur.

Née en France en 2001, Julie Robineau est arrivée à Dakar en 2012, en 6e. Ayant grandi avec les nouvelles technologies, elle commence par prendre des photos avec des téléphones portables. Elle fait du photo reportage dans la ville de Dakar et réalise parallèlement des photographies avec des mises en scène. La série intitulée «MondialiSANCTION» a constitué le projet (non retenu) d’un appel à candidatures, en 2018, pour le festival Circulations, dont le thème était libre. Vivre ! est la première exposition collective de Julie Robineau.

L’Océan, barrière et protection

KARIM BARKA et la série «Water Nomads», 2017-2019

Karim Barka
Water Nomad 1
Série « Water Nomads », 2017-2019
© Karim Barka. Questionnement. Identité culturelle et globalisation.

Karim Barka dessine ses personnages avec la lumière. La série photographique «Water Nomad» («Les Nomades de l’eau») a été réalisée sur la côte de Sidi Ifni, au Maroc. En accentuant les contrastes du blanc et du noir le photographe parvient à produire un impact visuel fort : les personnages semblent faire partie du monde subaquatique. Mystérieuse, onirique, l’atmosphère de «Water Nomad» nous invite tout à la fois à entrer dans l’Océan pourvoyeur de nourriture, et à nous tenir éloignés du bord, au-delà duquel se trouvent tant de dangers. Le rivage constitue-t-il une protection, une barrière ou un lieu de passage pour ceux qui espèrent trouver au loin un mieux-vivre ?

Karim Barka est né en 1990 à Tiznit (Maroc) où Il étudie les arts appliqués au lycée. En 2011, il poursuit ses études à l’Institut national des beaux-arts de Tétouan; il est diplômé en 2015. À travers différents médiums – dessin, installation, photographie et vidéo –, Karim Barka interroge les multiples façons du corps de s’inscrire dans le temps et dans l’espace. Karim Barka a participé à plusieurs expositions collectives au Maroc et au Sénégal.

Face à son destin

ZIAD NAITADDI et la série «Untitled Morocco», 2015-2018

Ziad Naitaddi
Série « Untitled Morocco », 2015-2018 ©Ziad Naitaddi. Questionnement. Face à son destin

La démarche de Ziad Naitaddi est, à travers ses clichés en noir et blanc pris à Salé, au Maroc, de «capter et aller au plus profond de l’âme humaine ». Qu’il s’agisse d’un portrait ou de prises de vue lointaines et « sur le vif », le photographe suscite la même émotion profonde chez le spectateur qui, le temps d’un cliché, partage l’état d’âme des personnes photographiées. Avec sa représentation mélancolique de l’autre auquel il s’identifie —, Ziad Naitaddi nous fait réaliser que l’homme est, d’une certaine manière, condamné à être seul face à lui-même et à la vie.

Ziad Naitaddi est né à Rabat en 1995. Depuis 2013, il se consacre à la photographie ainsi qu’au cinéma qu’il explore sous forme de fiction et de documentaire. En 2017, il est lauréat du premier prix du jury du festival Les Nuits Photographiques d’Essaouira. Ses photographies ont été exposées au Maroc, en France, en Corée du Sud, au Bénin et au Sénégal. Passionné de cinéma, son motif principal est la figure humaine. Ziad Naitaddi explore l’âme humaine et celle de son pays à travers différents regards et de multiples points de vue.

Exil 

La question migratoire est au centre des préoccupations des pays émergents qui voient fuir la jeunesse et les «cerveaux». Elle est ici abordée à travers ceux qui partent et ceux qui sont arrivés, mais également ceux qui restent.

Au-delà de l’exil

SAAN et la série «O’ndzia», 2018

Saan
Série « O’ndzia », 2018 © Saan. Exil. Au delà de l’exil.

Dans sa série «O’ndzia» («Celui qui vient d’ailleurs»), Saan traite du deuil dans l’immigration clandestine africaine, à travers l’histoire d’un jeune homme qui a survécu à une traversée tragique, au cours de laquelle il a perdu un proche. Chaque position, chaque élément qui compose les photographies a été méticuleusement travaillé et anticipé pour nous renvoyer avec effroi à l’indifférence du monde face à la mort tragique de milliers d’individus. Les clichés de Saan nous rappellent également qu’il ne s’agit pas uniquement d’un décès de plus : il y avait véritablement un homme, une âme, avant la fin tragique.

Sandrin Athele, dit «Saan», est né au Gabon en 1986. Il s’installe en France en 2004 où il obtient un master en linguistique informatique. Photographe autodidacte, il se spécialise dans le portrait, le noir et blanc et le photoreportage. Saan est un passionné de cinéma et de mode, deux univers qui influencent grandement son travail. À travers ses séries, l’artiste s’interroge sur la condition humaine. Vivre ! est sa première exposition collective.

Ceux qui résistent

MOUSSA KALAPO et la série «D’autres Mondes Plus que Jamais», 2018

Moussa Kalapo
Série « D’autres Mondes Plus que Jamais », 2018 © Moussa Kalapo. Exil. Ceux qui restent.

Dénoncer. Faire réfléchir et évoluer. Tel est le but de Moussa Kalapo avec sa série «D’autres Mondes Plus que Jamais» qui aborde l’immigration sous un angle relativement atypique : ceux «qui restent». Le cliché sélectionné par la Fondation Dapper évoque l’histoire d’un jeune Bamakois dont les aspirations et les angoisses sont façonnées par ce rêve d’un ailleurs omniprésent au sein de la jeunesse malienne. Avec une mise en scène apparemment simple, en réalité pleine de symboles, Moussa Kalapo souhaite encourager ses compatriotes à construire et se construire dans leur pays, en dépit des vicissitudes.

Moussa Kalapo est né en 1983 à Bamako, au Mali. Après des études en comptabilité et en informatique, il s’inscrit en 2010 au Centre de formation en photographie (CFP) de Bamako. Après deux années de formation, il devient reporter-photographe pour des organisations non gouvernementales (ONG) et participe à des ateliers et des expositions collectives au Mali et en France. Moussa Kalapo œuvre par ailleurs pour la numérisation des archives de la photographie malienne (notamment Malick Sidibé et Félix Diallo).

Détruire un mythe

ROLOOK avec la série «Entre rêve et réalité», 2018

Rolook
Série « Entre rêve et réalité », 2018 © Rolook. Exil. Détruire un mythe.

Avec sa série «Entre rêve et réalité», Rolook se met en scène à Kinshasa, sur le rivage du fleuve Congo, pour interpeller les siens et les pousser à réfléchir sur leurs rêves d’ailleurs et leur vision — erronée — de l’Europe comme eldorado afin qu’ils évoluent. Positionné dos à l’objectif, un jeune migrant laisse sa vie derrière lui. Paradoxalement, il emporte très peu d’effets personnels et part pieds et torse nus, soulignant ainsi qu’il n’est pas du tout armé pour le voyage et les épreuves, peut-être fatales, qu’il s’apprête à affronter.

Romario Lukau, dit «Rolook», est né à Kinshasa en 1994. Il sort diplômé de l’Institut des beaux-arts en 2012 et intègre ensuite l’Académie des beaux-arts où il obtient son diplôme de graduat en 2015. À travers son art, Rolook porte un regard critique sur la politique et les médias d’aujourd’hui. Artiste particulièrement engagé, il participe à la diffusion des artistes contemporains congolais. Il est cofondateur du collectif Tokeyi «Avançons», en lingala — qui vise à promouvoir l’art et la culture à Kinshasa.

Commissariat d’exposition 

Avec pour commissaires d’exposition Aude Leveau et Christiane Falgayrettes-Leveau, les photographies constitue- ront un parcours thématique abordant des questions sociales, environnementales ou évoquant l’introspection, le questionnement et l’exil, en lien avec l’Afrique et ses diasporas : des regards sur le monde au delà des frontières.

Exposition Vivre! Photographies de la résilience
du 29 mars au 28 avril 2019
Gorée (Sénégal) accès face à l’église
Ouvert tous les jours accès gratuit
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