Olalekan Jeyifous, Crown Heighs rooftop rainwater harvest © Olalekan Jeyifous

Arts et Technologies des nouveaux médias en Afrique Pt. 2

Spiritualité et Technologie

À l’aide d’internet et d’une technologie sonore sophistiquée, Tabita Rezaire explore des moyens originaux et subversifs de produire de nouvelles œuvres afin d’étudier le processus de décolonisation. L’artiste franco-guyano-danoise, est une adepte reconnue du Kundalini yoga et de l’utilisation de l’amour de soi dans le cadre d’un processus de décolonisation. La plupart de ses œuvres traite du concept de race et de féminisme. Elle utilise les nouveaux médias en produisant des vidéos et des œuvres numériques qui naviguent dans la matrice de la colonisation et de l’énergie pour créer des œuvres où la technologie et la spiritualité se croisent. Son oeuvre Moon Center est un site interactif en ligne qui fonctionne comme un centre de méditation numérique dédié à la vénération de la lune, plongeant les spectateurs dans une expérience à la fois spatiale et atmosphérique.

Tabita Rezaire’s Moon Center site web © Tabita Rezaire, artskop3437 Afrofuturisme
Tabita Rezaire’s Moon Center site web © Tabita Rezaire, Nouveaux Médias

L’artiste sud-africain Nolan Oswald Dennis explore également les dimensions politico-spirituelles du temps, de l’identité et de la formation du savoir dans sa pratique (nouveaux médias). Avec des thèmes ancrés dans la politique décoloniale, son œuvre Black Liberation Zodiac (2017) est une constellation d’éléments. L’œuvre utilise la vidéo, des prismes, des dessins et des symboles qui prennent en compte une variété d’histoires présentées de manière non linéaire. Les mouvements de libération sont cartographiés sur la base de motifs stellaires et les signes stellaires sont utilisés comme iconologie pour des « langues universelles de libération des Noirs », mettant en évidence les références communes de la diaspora africaine mondiale telles qu’un fusil, un livre, une colombe, un poing, un lion et une panthère. La constellation spirituelle est évocatrice d’une esthétique afro-futuriste plus large.

L’artiste angolais, Nástio Mosquito a souvent recours au multimédia et à la performance, il produit également des œuvres très politique provocatrices et parfois profanes. Mosquito crée des productions numériques performatives qui remettent en question les stéréotypes africains dans les contextes occidentaux. Sa pratique s’articule autour de l’héritage culturel, une idée en constante évolution qui met en avant des éléments de l’afrofuturisme et examine la production d’un héritage futur. L’utilisation de la technologie comme outil d’archivage est un thème récurrent.

Afrofuturisme

Le mouvement afrofuturiste a également connu un regain d’intérêt ces dernières années, avec l’émergence de nouvelles perspectives sur les histoires africaines. En utilisant la technologie et des éléments de science-fiction, de nouveaux récits sont explorés par la nouvelle génération de conteurs africains, comme une revendication postcoloniale. La célébration d’un avenir afrocentré se retrouve dans diverses œuvres sur le continent et dans sa diaspora. La myriade de commentaires sociaux que l’on trouve dans l’afrofuturisme enveloppe l’architecture, l’urbanité, ainsi que les identités en évolution.

Olalekan Jeyfous, artiste visuel nigérian-américain, a une formation d’architecte et sa pratique s’intéresse à l’idée de lieu, pensant le concept comme étant continuellement en cours. Son travail en art public, installation, dessin, collage et design explore le passé et le futur potentiel des environnements urbains. Son œuvre Shanty Megastructures est une série de vision dystopique de Lagos, les dépossédés sont mis en avant et visibles dans une vision plutôt dystopique de la ville. Dans sa dernière réalisation, il se concentre sur les idées centrales de l’afro-futurisme, de l’éco-futurisme et de l’agro-futurisme dans les quartiers de Crown Heights et de Bed-Stuy à New York. Au cœur du travail de Jeyfous se trouve une enquête qui confronte les tensions entre l’utopie, le progrès et le design urbain.

Olalekan Jeyifous Shanty Megastructures © Olalekan Jeyifous, artskop3437 Afrofuturisme
Olalekan Jeyifous Shanty Megastructures © Olalekan Jeyifous, Nouveaux Médias

La société africaine contemporaine et celle de la diaspora sont imprégnées de technologie. L’exploration fictionnel fait partie des projets de l’Afro-surréaliste ghanéen-marocain David Alabo. Le travail d’Alabo consiste à présenter et à analyser les cultures des sociétés africaines à l’aide d’œuvres abstraites en trois dimensions, en mettant l’accent sur le « fantastique et l’étrange ».

Un autre expert dans ce domaine est l’artiste visuel Joseph Obanubi, basé à Lagos, dont le travail sur l’afro-surréalisme tente de communiquer une idée de la métaphysique dans un contexte africain. Sa formation en design graphique explore la fantaisie, l’illusion et l’identité. Sa série Techno Heads (2018-en cours) utilise les outils et les thèmes de la science-fiction et de l’esthétique culturelle locale pour confronter et analyser les problèmes actuels dans un contexte mondialisé.

Lagbaja (No one in particular) IV, 2019 © Joseph Obanubi, artskop3437 Afrofuturisme
Lagbaja (No one in particular) IV, 2019 © Joseph Obanubi, Nouveaux Médias

La société contemporaine mondiale tourne fortement autour et dépend des technologies de communication, de mouvement et de navigation, qui sont toutes des aspects centraux de l’existence humaine. La technologie aide désormais les artistes à partager leur travail dans des environnements complètement nouveaux. En tant que pionniers des paysages créatifs immersifs, tout un groupe d’artistes du continent pilote ce nouveau mode d’échange artistique.

Réalité virtuelle

L’œuvre de François Knoetze, Virtual Frontiers, (2017) est une expérience de réalité virtuelle pour HTC Vive, Oculus Go, Oculus Rift ou Mobile VR. Virtual Frontiers a été créé sur une période de deux mois sur place à Grahamstown. L’œuvre prend l’idée de la frontière comme point de départ, en interrogeant ses significations à la fois comme concept historique et comme concept technologique. La série comprend six courts métrages de réalité virtuelle tournés dans plus de 60 lieux à Grahamstown, mettant en lumière les multiples expériences dans la petite ville. Le monde hybride créé dans l’œuvre est représenté par des images d’archives, des enregistrements sonores et des interviews explorant des éléments du passé, du présent et des imaginaires du futur.

L’artiste nigérian-britannique Yinka Shonibare est à l’avant-garde de l’exploitation des nouvelles techniques ce qui lui permet de donner vie à des expositions d’art totalement immersive en VR (réalité virtuelle). Dans une de ses récentes expositions avec la Royal Academy of Arts, Shonibare a utilisé des technologies émergentes de réalité virtuelle pour créer un rendu en 3D d’une peinture néoclassique, « Venus Présentant Helen à Paris » de Gavin Hamilton (1785). Shonibare donne la possibilité de se déplacer dans le cadre de l’image à 360 degrés et d’inspecter l’œuvre d’art sous tous les angles. La vision peut ensuite se déplacer dans une cour derrière le tableau où est exposée « The Townley Venus » (2017) de Shonibare, vêtue de son tissu batik caractéristique, qui contraste avec le tableau vu précédemment, joignant ainsi les deux mondes.

La réalité virtuelle de Yinka shonibare "The Townley Venus" (2017) Académie royale, artskop3437 Afrofuturisme
La réalité virtuelle de Yinka shonibare « The Townley Venus » (2017)
Courtesy of Royal Academy of Arts

Le travail de la designer et artiste Selly Raby Kane, basé à Dakar, est une rencontre fantastique entre l’art et la mode. Sa marque « otherworldly » se concentre sur la combinaison des choses, mettant en évidence le surréel et l’abstrait. Son dernier projet, The Other Dakar, s’inscrit dans la continuité de sa pratique artistique qui consiste à rassembler les traditions sénégalaises en une esthétique audacieuse et singulière. En hommage à la mythologie sénégalaise, ses débuts dans la réalité virtuelle en partenariat avec Electric South – une plateforme sud-africaine travaillant avec des conteurs et des artistes africains sur la réalité virtuelle – transportent le public dans un lieu où le passé et le futur se rencontrent et où les artistes sont le cœur battant de la ville. Alors que l’IA continue d’évoluer, son rôle dans les applications artistiques au niveau mondial commence à peine à être exploré.

Les artistes africains créent des œuvres qui sont internationalement reconnues, tout en se concentrant sur des questions spécifiques au continent africain. Artskop3437 prévoit de continuer son exploration des nouveaux médias.

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À propos de l’auteur

Wided Khadraoui

Wided Rihana Khadraoui est un rédactrice, curatrice indépendante, chercheuse et directrice artistique algérienne-américaine. Son travail vise à aider à démanteler la complexité de la production artistique dans des contextes non occidentaux, au-delà des classifications historiquement réductrices. Elle a travaillé avec des musées, des galeries d'art, des institutions culturelles et des plateformes pour élaborer des stratégies et créer des programmes qui s'appuient sur l'apprentissage, l'engagement et l'impact de la communauté. Elle a également fondé et dirige Tazuri, une plateforme dédiée à la mise en valeur et à l'autonomisation des artistes d'Afrique et du Moyen-Orient. Elle est titulaire d'un MSc de la London School of Economics et d'un MA de Central Saint Martins en Art et Entreprise Culturelle où elle a fait des recherches sur le positionnement futur des musées, le marché mondial de l'art et le rôle du numérique dans l'élaboration d'un secteur artistique mondial équitable.

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